Dirk Volkertszoon Coornhert
Amsterdam, 1522 – Gouda, 1590
Bien que cet admirateur de textes classiques et patristiques – qu’il regardait comme une source d’inspiration pour une morale publique et privée – ne fût pas le seul de son espèce, Dirk Coornhert était également un de ces esprits plutôt rares, indépendants et consciencieux, enclins à faire de l’opposition dès qu’ils soupçonnent que les impératifs du doute et de la tolérance risquent d’être méconnus. Ce fut aussi un traducteur qui, par principe, refusait obstinément de publier en latin, soucieux de faire participer les exclus du savoir, muets par ignorance des langues anciennes.
Dirk Coornhert, fils de Volckert, naquit à Amsterdam en 1522, dans une famille aisée. Ses parents tinrent à lui donner une éducation conforme à la tradition catholique, que le jeune homme n’accepta pas sans discussion ; doué d’une perspicacité précoce, il ne cessait de feuilleter un exemplaire de
À son retour, son entêtement fut cause d’un premier scandale: en 1540 : il se maria avec une femme de douze ans son aînée, d’une famille très humble et sans ressources de surcroît. La mère de Coornhert, déjà veuve, désapprouva vivement le mariage et décida de renier son fils. Celui-ci réussit cependant à trouver un emploi au château de Vianen, où il devint le majordome de Reinoud de Brederode. Mais la vie, dans cette cour provinciale, lui parut vite trop rigide et étouffante. En 1546, il déménagea à Haarlem pour y exercer ses talents de graveur, métier qu’il pratiqua pendant quinze ans avec beaucoup de succès.
Le contenu précis de ses idées, à cette époque, se laisse difficilement reconstituer. Certes, il y avait cet entourage bourgeois, politique et intellectuel : Hadrianus Junius, médecin de la ville et philologue, doué d’un divinum ingenium ; Willem Dirksen, le bailli d’Amsterdam auquel Coornhert dédia sa traduction d’Homère (1561), ainsi que Hendrik Niclaes, chef de file d’une secte spiritualiste à Emden dans le nord-est du pays. Ses choix de traduction d’ouvrages classiques font cependant penser à un moralisme strict teinté de libertinisme.
Le premier de ces ouvrages fut le De consolatione philosophiae de Boèce (1557), qu’il traduisit non du latin, qu’il ne pratiquait pas encore, mais « d’un flamand ancien et obscur ». Afin de revenir aux sources, Coornhert se mit ensuite à apprendre le latin. La maîtrise de cette langue lui permit d’étudier les Pères de l’Église, dont il publia un florilège en 1585. Mais l’idéalisme coornhertien est encore plus sensible dans sa traduction du De officiis de Cicéron en 1561, suivie par celle du De beneficiis de Sénèque l’année suivante. Toutes ces éditions sortirent des presses de Jan van Zuren, maire de la ville de Haarlem et associé de Coornhert dans leur imprimerie commune.
Le sens de la persévérance et celui du libre arbitre (accordé par la puissance divine) qu’il empruntait à Boèce – Homère narrateur héroïque – , le plaidoyer pour le bien public, qu’il lisait chez Cicéron, le recours moral à Sénèque lorsqu’il était confronté à la volatilité des bienfaits, permirent à Coornhert de tenir bon au milieu des polémiques qu’il provoquait et qui lui donnaient à tort une réputation de libertin subversif.
À partir de 1564, Coornhert fut de plus en plus impliqué dans les grandes controverses politiques et religieuses. En exprimant les intérêts des États de Hollande et ceux du prince d’Orange, leur porte-parole ne pouvait être qu’un adversaire de la couronne des Habsbourg aux Pays-Bas. Mais le danger encore plus grave venait de son impartialité et de son respect de l’individu. Il n’avait pas moins horreur de l’iconoclasme protestant ou de la violence excessive des Gueux que des bûchers de l’Inquisition. Pour lui qui avait fait de son mieux pour saisir les nuances (sinon les contradictions) de
Il dut bien entendu en payer les conséquences. En 1567, sa critique des calvinistes fut la cause de son exil de quelques mois à Cologne. À son retour, il fut emprisonné à
Rien de surprenant qu’un humaniste consciencieux comme Coornhert ait produit deux ouvrages importants au cours de ses dernières années. Le Châtiment des brigands ou Boeventucht est un appel contre l’inutile immoralité des peines corporelles ; il fut conçu dès les années 1560, puis amélioré et publié en 1587. D’autre part, le magnum opus de son éthique universelle, intitulé Zedekunst, dat is wellevenskunste (1585), reflète l’esprit et le style de son maître préféré, Cicéron. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que Coornhert, cet avocat de la dignité humaine, ait pu être persona non grata par exemple à
Ouvrages de réference:
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Bibliographie critique:
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Gruppelaar (Jacob A.G.) (éd.), D.V. Coornhert. Politieke geschriften. Opstand en religievrede [l’œuvre politique de Coornhert], Amsterdam 2009.
Auteurs transmis
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Boethius, Die vertroestinghe der wysheyt 1557, 1585, 1616, 1630, 1654, 1680.
Cicero, Officia Ciceronis 1561, 1589, 1604, 1614, [ca. 1625]
Herodianus, Tgene wat in dengheheelen Roomschen rijcke na het overlijden vanden keyser M. Aurelius Antoninus, sich toeghedragen heeft, onder de eerst navolgende twaelf keyseren 1609.
Homerus, De dolinghe van Ulysse I – XII 1561, 1593, 1598, 1607.
Homerus, De dolinghe van Ulysse XIII – XXIV 1605 [=1606], 1609.
Philo Judaeus, Van edelheyt 1583.
Seneca, Van den weldaden 1562, 1644.