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maandag 12 juli 2010

Dirk Volkertszoon Coornhert, par Steven Surdèl

Dirk Volkertszoon Coornhert

 Amsterdam, 1522 – Gouda, 1590

 Bien que cet admirateur de textes classiques et patristiques – qu’il regardait comme une source d’inspiration pour une morale publique et privée – ne fût pas le seul de son espèce, Dirk Coornhert était également un de ces esprits plutôt rares, indépendants et consciencieux, enclins à faire de l’opposition dès qu’ils soupçonnent que les impératifs du doute et de la tolérance risquent d’être méconnus. Ce fut aussi un traducteur qui, par principe, refusait obstinément de publier en latin, soucieux de faire participer les exclus du savoir, muets par ignorance des langues anciennes.

 Dirk Coornhert, fils de Volckert, naquit à Amsterdam en 1522, dans une famille aisée. Ses parents tinrent à lui donner une éducation conforme à la tradition catholique, que le jeune homme n’accepta pas sans discussion ; doué d’une perspicacité précoce, il ne cessait de feuilleter un exemplaire de la Bible en néerlandais pour en signaler les contradictions qui le frappaient. En même temps, il découvrait avec bonheur son génie artistique, en jouant du luth et du clavicorde. Son père le combla d’aise en lui proposant un voyage qui lui fit faire le tour du Portugal et de l’Espagne.

 À son retour, son entêtement fut cause d’un premier scandale: en 1540 : il se maria avec une femme de douze ans son aînée, d’une famille très humble et sans ressources de surcroît. La mère de Coornhert, déjà veuve, désapprouva vivement le mariage et décida de renier son fils. Celui-ci réussit cependant à trouver un emploi au château de Vianen, où il devint le majordome de Reinoud de Brederode. Mais la vie, dans cette cour provinciale, lui parut vite trop rigide et étouffante. En 1546, il déménagea à Haarlem pour y exercer ses talents de graveur, métier qu’il pratiqua pendant quinze ans avec beaucoup de succès.

 Le contenu précis de ses idées, à cette époque, se laisse difficilement reconstituer. Certes, il y avait cet entourage bourgeois, politique et intellectuel : Hadrianus Junius, médecin de la ville et philologue, doué d’un divinum ingenium ; Willem Dirksen, le bailli d’Amsterdam auquel Coornhert dédia sa traduction d’Homère (1561), ainsi que Hendrik Niclaes, chef de file d’une secte spiritualiste à Emden dans le nord-est du pays. Ses choix de traduction d’ouvrages classiques font cependant penser à un moralisme strict teinté de libertinisme.

 Le premier de ces ouvrages fut le De consolatione philosophiae de Boèce (1557), qu’il traduisit non du latin, qu’il ne pratiquait pas encore, mais « d’un flamand ancien et obscur ». Afin de revenir aux sources, Coornhert se mit ensuite à apprendre le latin. La maîtrise de cette langue lui permit d’étudier les Pères de l’Église, dont il publia un florilège en 1585. Mais l’idéalisme coornhertien est encore plus sensible dans sa traduction du De officiis de Cicéron en 1561, suivie par celle du De beneficiis de Sénèque l’année suivante. Toutes ces éditions sortirent des presses de Jan van Zuren, maire de la ville de Haarlem et associé de Coornhert dans leur imprimerie commune.

 Le sens de la persévérance et celui du libre arbitre (accordé par la puissance divine) qu’il empruntait à Boèce – Homère narrateur héroïque – , le plaidoyer pour le bien public, qu’il lisait chez Cicéron, le recours moral à Sénèque lorsqu’il était confronté à la volatilité des bienfaits, permirent à Coornhert de tenir bon au milieu des polémiques qu’il provoquait et qui lui donnaient à tort une réputation de libertin subversif.

 À partir de 1564, Coornhert fut de plus en plus impliqué dans les grandes controverses politiques et religieuses. En exprimant les intérêts des États de Hollande et ceux du prince d’Orange, leur porte-parole ne pouvait être qu’un adversaire de la couronne des Habsbourg aux Pays-Bas. Mais le danger encore plus grave venait de son impartialité et de son respect de l’individu. Il n’avait pas moins horreur de l’iconoclasme protestant ou de la violence excessive des Gueux que des bûchers de l’Inquisition. Pour lui qui avait fait de son mieux pour saisir les nuances (sinon les contradictions) de la Sainte Écriture et celles des Pères, le point de vue du christianisme traditionnel quant au péché originel ne parvenait pas à le satisfaire, pas davantage que la rigidité sévère de Calvin et de Bèze sur la question de la prédestination. Déjà en 1560, il avait dénoncé l’importance des rituels dans son traité Verschooninghe van de roomsche afgoderye (« Le grand pardon de l’idolâtrie papiste »), ce qui avait provoqué une réponse venimeuse en 1562 de Jean Calvin : Réponse à un certain Holandois lequel sous ombre de faire les chrestiens tout spirituels, leur permet de polluer leur corps en toutes idolatries. Calvin conseilla aux Hollandais d’éviter « ce brouillon, ce pourceau et ceste beste sauvage » comme on évite la peste. Mais Coornhert ne cessa pas de prendre la plume pour dénoncer ce qui lui semblait doctrinaire ou injuste.

 Il dut bien entendu en payer les conséquences. En 1567, sa critique des calvinistes fut la cause de son exil de quelques mois à Cologne. À son retour, il fut emprisonné à La Haye et ses biens furent confisqués. L’année suivante, il s’enfuit de nouveau dans le duché de Clèves, où il resta jusqu’en 1572. Après son retour à Haarlem, il fut nommé secrétaire des États de Hollande, mais ses enquêtes sur les crimes commis par les Gueux lui attirèrent des mesures de rétorsion qui l’obligèrent à déménager une nouvelle fois en Westphalie, où il fut contraint de reprendre son métier de graveur. Au cours de ces années, il publia nombre de traités contre la rigidité et l’intolérance qu’il constatait dans les milieux des réformés et des anabaptistes. Heureusement, la Pacification de Gand en 1576 lui offrit l’occasion de retourner à Haarlem. En dépit de ses pénibles expériences antérieures, il ne profita pas d’un repos réparateur : les années suivantes furent aussi celles de ses controverses fameuses sur les dogmes, menées en public aussi bien que face aux fonctionnaires des États et aux théologiens. Ce fut le cas, par exemple, à La Haye avec Adrianus Saravia – pour ne rien dire des positions qu’il prit en faveur d’une pluralité de formes religieuses, contre la prédominance d’une religion nationale défendue par Juste Lipse, qu’il n’hésita pas à accuser de parti pris.

 Rien de surprenant qu’un humaniste consciencieux comme Coornhert ait produit deux ouvrages importants au cours de ses dernières années. Le Châtiment des brigands ou Boeventucht est un appel contre l’inutile immoralité des peines corporelles ; il fut conçu dès les années 1560, puis amélioré et publié en 1587. D’autre part, le magnum opus de son éthique universelle, intitulé Zedekunst, dat is wellevenskunste (1585), reflète l’esprit et le style de son maître préféré, Cicéron. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que Coornhert, cet avocat de la dignité humaine, ait pu être persona non grata par exemple à La Haye et à Delft, et qu’il ait été plus ou moins obligé de chercher un refuge ultime à Gouda, enclave intellectuelle où il pouvait se servir des presses de Jasper Tournay. L’épitaphe de Coornhert, datée de 1590, se trouve dans l’église Saint-Jean de Gouda.

 

Ouvrages de réference:

 van der Aa (Abraham Jacob), Biographisch woordenboek der Nederlanden, bevattende levensbeschrijvingen van zoodanige personen, die zich op eenigerlei wijze in ons vaderland hebben vermaard gemaakt dictionnaire biographique des Pays-Bas, t. III [s.d.], p. 696-704.

De Bie (Jan-Pieter) et Loosjes (Jakob), Biographisch woordenboek van protestantsche godgeleerden in Nederland dictionnaire biographique des théologiens néerlandais, t. II, La Haye [s.d.] , p. 211-249.

Becker (Bruno), « Coornhert (Dirck Volkertszoon) », dans Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek nouveau dictionnaire biographique des Pays-Bas t. X, Leyde 1937, col. 207-215.

Van der Haeghen (Ferdinand), Bibliotheca belgica. Bibliographie générale des Pays-Bas, fondée par F.v.d.H., rééditée sous la direction de Marie-Thérèse Lenger t. I, Bruxelles 1964, p. 695-767.

Hummelen (Willem), Repertorium van het rederijkersdrama [répertoire des pièces de théâtre aux chambres de rhétorique], Assen 1968, p. 236-237.

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 Bibliographie critique:

 Moorrees (Franciscus D. J.), Dirk Volckertszoon Coornhert, notaris te Haarlem, de Libertijn, bestrijder der Gereformeerde predikanten ten tijde van prins Willem I. Levens- en karakterschets door F.D.J.M., Schoonhoven 1887 [monographie surannée, à consulter les p. 118-122 sur les traductions de Coornhert des ouvrages classiques].

Becker (Bruno), Bronnen tot de kennis van het leven en de werken van D.V. Coornhert, uitgegeven door B.B. [inventaire instructif et détaillé des sources regardant la vie et l’œuvre littéraire de Coornhert], La Haye 1928.

van der Meer (Suffridus), Bijdragen tot het onderzoek naar klassieke elementen in Coornhert’s Wellevenskunste [comparaison détaillé de « L’éthique » de Coornhert avec des textes grecs et latins de l’Antiquité] (thèse), Amsterdam 1934.

Becker (Bruno), D.V. Coornhert. Zedekunst, dat is wellevenskunste, vermids waarheyds kennisse vanden mensche, vande zonden ende vande dueghden. Nu alder eerst beschreven int Neerlandsch, uitgeven en van aanteekeningen voorzien door prof. Dr. B.B. [édition critique de « L’éthique » ou « Zedekunst »], Leyde 1942.

Bonger (Hendrik), Leven en werk van D.V. Coornhert [la vie et l’oeuvre de Coornhert; la plus étendue des études modernes], Amsterdam 1978.

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Gruppelaar (Jacob A.G.) (éd.), D.V. Coornhert. Politieke geschriften. Opstand en religievrede [l’œuvre politique de Coornhert], Amsterdam 2009.

 

Auteurs transmis

 

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Boethius, Die vertroestinghe der wysheyt 1557, 1585, 1616, 1630, 1654, 1680.

Cicero, Officia Ciceronis 1561, 1589, 1604, 1614, [ca. 1625]

Herodianus, Tgene wat in dengheheelen Roomschen rijcke na het overlijden vanden keyser M. Aurelius Antoninus, sich toeghedragen heeft, onder de eerst navolgende twaelf keyseren 1609.

Homerus, De dolinghe van Ulysse I – XII 1561, 1593, 1598, 1607.

Homerus, De dolinghe van Ulysse XIII – XXIV 1605 [=1606], 1609.

Philo Judaeus, Van edelheyt 1583.

Seneca, Van den weldaden 1562, 1644.

 



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