(mise à jour février 2007)
Rodolphus Agricola
Baflo, 1444 ‑ Heidelberg, 1485
On peut bien regarder Rodolphus Agricola (Frisius / Huisman, Roelof, ou Rudolf) comme le promoteur de l’humanisme dans les provinces septentrionales des Pays‑Bas. Déjà à 1’école primaire, le jeune homme se faisait remarquer : on sait qu’il aimait particulièrement la peinture et la musique. Une prébende accordée par 1’évéque de Münster, en 1454, lui permit de faire ses études à Erfurt, où il fut immatriculé le 1 mai 1456, le même semestre que son futur ami Rudolf von Langen. Après sa licence en 1458, il décida de déménager à Cologne, où il fut immatriculé en mai 1462, à la Faculté des Arts. De Cologne encore il partit pour Louvain, et y acquit un licence en Arts, magna cum laude (1465). En dehors du français et de la logique aristotélienne, Agricola s’occupa aussi de Cicéron et Quintilien. Quelques années plus tard, il visita Paris et y fit un bon nombre de connaissances, parmi lesquelles Johannes Reuchlin.
En 1468, notre maître ès arts se mit en route pour Pavie en Italie, et ce ne fut pas une visite unique. Attiré au début par la réputation du programme juridique, il choisit finalement les lettres latines. En dehors de ses études, il fréquentait un petit groupe de compatriotes : Johannes Müller, Adolf Occo, Dietrich von Plieningen et Johann von Dalberg. Un bref retour dans le nord, en 1471, lui permit de transmettre sa connaissance du grec à Alexander Hegius - qui, à son tour, 1’enseigna plus tard à Erasme. Mais au fond, Agricola se sentait plus à l’aise dans le climat culturel du Midi.
Après un deuxième séjour à Groningue en 1474, il partit pour Ferrare, pour y travailler sous le mécénat d’Ercole I, duc d’Este. Entouré par les textes grecs de la bibliothèque, Agricola disposait de tous les moyens pour exercer ses divers talents à la richesse. Il y fit des traductions du grec en latin : l’Axiochus du pseudo-Platon, le Paraenesis ad Demonicum et le De Regno d’Isocrate, les Praeexercitamenta d’Hermogène, ainsi que les Progymnasmata d’Aphthonius, dont il avait découvert le manuscrit. Outre ces traductions, il s’occupa d’une édition annotée des Declamationes aliquot de Sénèque. Érasme est un témoin important de la qualité de ces activités linguistiques ; il les mentionna quelquefois dans ses lettres.
En 1479, Agricola retourna dans le nord, pour y achever son De inventione dialectica (Deventer, J. Le Febre éd., s.d.). Écrit dans le souci de justifier la valeur de la logique comme un élément essentiel de la rhétorique, c’était son ‘magnum opus’ ; des générations d’humanistes devaient en subir l’influence.
Une fois retourné à Groningue, Agricola devint secrétaire de la municipalité, nomination qui lui permettait de faire un certain nombre de voyages, et surtout de fréquenter le monde intellectuel. L’abbaye d’Aduard (Adwerth) par exemple, fonctionnait comme une véritable ‘académie’ : Agricola y discutait fréquemment avec Wessel Gansfort, Alexander Hegius et Antonius Liber. À la même époque, la ville de Deventer, aux bords de 1’Yssel, se développait de plus en plus comme un centre de typographie : la maison de 1’imprimerie Pafraet (père et fils) publia la traduction en latin de 1’ Axiochos du pseudo‑Platon (1480). Ce fut à Deventer aussi qu’il rencontra le jeune Érasme, qui était promis une belle carrière.
Pourtant Agricola ne se sentait plus vraiment à 1’aise dans les Pays‑Bas, et après une période d’hésitation il décida de continuer ses activités à Heidelberg, en compagnie d’un ancien compagnon d’études, Johann von Dalberg, évêque de Worms et chancelier de l’université. Là, l’ambiance universitaire lui offrait surtout la chance d’enseigner et de pratiquer la disputatio. En outre, Agricola n’hésita pas à reprendre l’étude de 1’hébreu – qu’il avait commencé à la Sorbonne - et à donner aussi un cours spéciale sur Pline 1’Ancien.
La production littéraire de ces années est particulièrement marquée par la correspondence avec un bon nombre de confrères, comme Johannes Reuchlin et Alexander Hegius. Le De formando studio (1484), en forme de lettre didactique adressée à son ami Jacques Barbireau, se présente comme une apologie personnelle de la pédagogie humaniste. Le dernier résultat de cette vie littéraire fut le discours adressé au pape Innocent VIII, qui devait être déclamée par Johann von Dalberg, dans la compagnie duquel 1’auteur s’était mis en route pour Rome. Malheureusement, après le retour en Allemagne, Agricola tomba malade ; il mourut à Heidelberg, en 1485.
Ouvrages de réference : ADB I, 151‑156 (Geiger). BB III, 726‑728 (L. Bakelants). BHPB 151, 234‑235, 308, 322. BHPB suppl 66‑69. CE I, 15‑17 (G.C. van Leijenhorst). DHGE 1, 1025‑1026 (Pietsch). ER I, 18‑20 (M.G.M. van der Poel). HCT I, 148‑158, 161‑163, 394. MEW I, 52 (J. IJsewijn). NDB I, 103‑104 (M. Seidlmayer). NNBW IX, 12‑16 (J. Prinsen).
Bibliographie critique : Akkerman, F. et A. J. van der Jagt (éds.), Rodolphus Agricola Phrisius 1444‑1485. Proceedings of the international conference at the university of Groningen, 28‑30 October 1985. Leyde, 1988. Akkerman, F. et C.G. Santing, ’Rudolf Agricola en de Aduarder academie’, Groningse Volksalmanak 1987, p. 7‑28. Allen, P.S. , ’The Letters of Rudolph Agricola’, The English Historical Review 22 (1906), p. 302‑317. Breen, Q. , ’A critical edition of the De inventione dialectica of Rudolph Agricola’, American Philosophical Society Yearbook 1958, p. 435‑458. Huisman, G. , Rudolph Agricola. A Bibliography of Printed Works and Translations, Nieuwkoop, 1985. Laan, A. H. van der, Anatomie van een taal. Rodolphus Agricola en Antonius Liber aan de wieg van het humanistische Latijn in de Lage Landen (1469‑1485), diss. univ. de Groningue (s.l.) 1998. Laan, A. H. van der et Akkerman, F., Rudolph Agricola. Letters. Edited and translated, with notes by A. v. d. L. & F. A., Assen 2002. Mack, P., ’Agricola, Rodolphus’, dans : H.G. Roloff (éd.), Die deutsche Literatur. Biographisches und Bibliographisches Lexikon. Reihe II.‑ die deutsche Literatur zwischen 1450 und 1620. Autorenlexikon, Bern 1991, 582‑731. Mack, P. , Renaissance Argument. Valla and Agricola in the Traditions of Rhetoric and Dialectic. Leyde, 1993. McNally, J. R., ’’Dux illa directrixque artium’ : Rudolph Agricola’s dialectical system’, Quarterly journal of speech, 52 (1966), p. 337‑347. Nauwelaerts, M. A. , Rodolphus Agricola. Den Haag, 1963. Poel, M. G. M. van der, Rodolphe Agricola. Écrits sur la dialectique et l’humanisme, Paris 1997. Rupprich, H. , ’Rodolphus Agricola, Oratio in laudem philosophiae et reliquarum artium’, dans Humanismus und Renaissance in den deutschen Städten und an den Universitäten, Leipzig, 1935, p. 164‑183. Velden, H. E. J. M. van der, Rodolphus Agricola (Roelof Huusman). Een Nederlandsch humanist der vijftiende eeuw, Leyde, s.d., [1911]. (onduidelijk is : Vermeire, P., ’Rodolphus Agricola’s Axiochus‑vertaling’, s.l., s.n. , 1981, p. 25-112, NCC geeft aan ’fotocopie uit diss. Leuven’, RU Gro UB 3c 2142). Waterbolk, E. H. , ’Rodolphus Agricola, Desiderius Erasmus en Viglius van Aytta. Een Leuvens triumviraat’, dans J. Coppens (éd.), Scrinium Erasmianum, 1, Leyde, 1969, p.129‑150. Waterbolk, E. H. , ’Een hond in het bad. Enige aspecten van de verhouding tussen Erasmus en Agricola’, dans Verspreide opstellen, Amsterdam 1981, p. 27‑44. Waterbolk, E. H., ’Agricola en Petrarca’, dans Verspreide opstellen, Amsterdam 1981, p. 45‑65.